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Christian Lépine, prêtre-curé

Notre-Dame-des-Champs, le 30 mai 2010

AMOUR ET VÉRITÉ 2/3
Témoigner de la miséricorde de Dieu

Le regard de Jésus

Qu'a vu Zachée lorsque « Jésus leva les yeux et l'interpella » ? (cf. Lc 19, 1-10) Pourquoi Zachée s'est-il converti ? Que pouvons-nous apprendre ici au sujet de notre engagement à transmettre l'appel du Seigneur?

Avant d'entendre l'interpellation, avant d'être rejoint par l'appel, qu'a vu Zachée dans le regard de Jésus? Il a vu le Seigneur qui crée par amour, qui aime tout ce qui existe, qui n'a de répulsion pour aucune de ses œuvres (cf. Sg 11,23 - 12,2). Il a vu le Seigneur qui continue d'aimer quelles que soient les infidélités à son égard, qui a pitié de tous les humains, qui est toujours prêt à pardonner tous leurs péchés. Il a vu la miséricorde de Dieu pour lui, c'est-à-dire l'amour patient et doux de Jésus-Christ qui s'adresse à lui personnellement.

C'est dans la découverte de la miséricorde de Dieu que Zachée entend l'appel du Christ, qu'il se convertit et s'engage.

On peut donc dire que si nous voulons aujourd'hui transmettre au monde l'appel du Seigneur à la conversion, si nous désirons que tous, librement, accueillent Jésus-Christ dans leur cœur et s'engagent dans une marche à sa suite, il faut que nous fassions découvrir la miséricorde de Dieu. C'est dans la découverte de cette miséricorde que l'appel pourra être entendu.

Une miséricorde inépuisable

En effet, «Parce que le péché existe dans ce monde,... Dieu qui est amour ne peut se révéler autrement que comme miséricorde.» (lettre encyclique « Dives in misericordia - DIM » La Miséricorde Divine, no. 13)

À partir du moment où il y a le péché originel et que l'humanité est pécheresse, la caractéristique essentielle de l'Amour de Dieu pour nous consiste en sa miséricorde, qui n'est pas un élément à côté des autres aspects de son amour, mais qui colore intimement et anime tous les sentiments, toutes les pensées, toutes les actions de Dieu à notre égard. Cette miséricorde, « en tant que perfection du Dieu infini, est elle-même infinie,... inépuisable » (DIM no.13).

Ainsi nous pouvons nous laisser interpeller par les paroles de Jean-Paul II, qui nous dit :

« Il faut que l'Église de notre temps, ..., prenne une conscience plus profonde et plus motivée de la nécessité de rendre témoignage à la miséricorde de Dieu dans toute sa mission... » (DIM no 12).

« L'Église doit professer et proclamer la miséricorde divine dans toute sa vérité, telle qu'elle nous est attestée par la révélation. » (DIM no 13).

« L'Église vit d'une vie authentique lorsqu'elle professe et proclame la miséricorde, attribut le plus admirable du Créateur et du Rédempteur » (DIM no. 13).

Ici, Jean-Paul II nous rappelle et nous confirme qu'il s'agit que chaque communauté chrétienne vive de la miséricorde de Dieu et la professe.

Il faut chercher à introduire profondément cette miséricorde à tous les niveaux : personnel, familial, paroissial, groupes, organismes, activités pastorales …. On ne peut proclamer la miséricorde de Dieu seulement par les paroles; il faut surtout qu'elle soit vécue le plus intensément possible.  Il faut que la miséricorde de Jésus-Christ nous rende tous miséricordieux. Une vie en harmonie avec la foi est une vie de foi toute imprégnée de miséricorde.

Tant l’expérience de la souffrance, que celle du regret amère d’un acte commis, sont comme un couteau à double tranchant, elles peuvent nous plonger dans le désespoir, nous enlever le goût de vivre, nous faire perde la confiance en l’amour, nous endurcir dans la lutte pour la place au soleil. Mais si je sais que la pardon et la consolation existent, si je sais que Dieu est Pardon et Paix, que Jésus-Christ, crucifié et ressuscité, a le pouvoir d’enlever le péché de notre cœur et de faire de nous des enfants de lumière, je peux découvrir un chemin d’apaisement de l’âme et d’espérance.

Dans un monde qui fait l’expérience des divisions et des hostilités au sein des familles, de la société et des croyants, où le ressentiment empoisonne trop souvent les esprits, il ne peut y avoir d’avenir sans pardon : pardons à donner, pardons à recevoir. Tous ont été blessés d’une façon ou d’une autre, certains plus que d’autres, tous ont blessé d’une façon ou d’une autre, certains plus que d’autres. Dieu, en nous offrant son Pardon divin, a le pouvoir de nous conduire sur le chemin du pardon, là même où cela est humainement impossible.

 

Christian Lépine, prêtre-curé