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Christian Lépine, prêtre-curé

Notre-Dame-des-Champs, le 23 mai 2010

AMOUR ET VÉRITÉ 1/3

Introduction : miséricorde et conscientisation

Devant ce que le Magistère de l’Église enseigne comme étant le Plan d’Amour de Dieu sur la vie, le mariage et la famille, dont la Source est Jésus-Christ et qui est transmis par l’Écriture Sainte et la Tradition, on peut y adhérer mais côtoyer des gens qui ne le reconnaissent pas, que ce soit dans sa famille, parmi ses amis, en paroisse, au travail et dans la société, et on se demande comment être, agir et parler dans les situations où la question est abordée implicitement ou explicitement.

Points de repère

C’est une question complexe, mais elle est inévitable car c’est une situation fréquente. Toutes les questions concernant la liberté, le respect de la vie, le sens du corps et la définition du mariage, trouvent souvent dans le monde actuel des réponses et des approches à l’opposé de l’enseignement de l’Église catholique. Toutes ces questions sont d’autant plus délicates qu’elles sont intimement liées à la recherche du bonheur en même temps qu’à des blessures et des souffrances du corps et de l’âme. Il s’agit ici, non pas tant de répondre de façon exhaustive, mais de dégager des points de repère, des balises qui peuvent nous guider sur le chemin du dialogue et du témoignage, nous habiter et nous aider dans les diverses situations humaines, à faire preuve de sagesse et de courage, de respect de la personne et de conviction, en vivant en disciple de Jésus-Christ.

Amour et Vérité

Une des pistes que l’on peut suivre, c’est de toujours s’efforcer de tenir ensemble Amour et Vérité (cf. Ps 85, 11), à la manière du Seigneur qui est «doux et humble de cœur» (Mt 11, 29) et qui est «le Chemin, la Vérité et la Vie» (Jn 14, 6), qui n’est «pas venu pour juger le monde mais pour sauver le monde» (Jn 12, 47) et qui n’est «venu dans le monde que pour rendre témoignage à la vérité» (Jn 18, 37). 

Une façon de tenir ensemble Amour et Vérité consiste à faire en sorte que l’exercice de la miséricorde ne se fasse pas sans effort de conscientisation et que l’effort de conscientisation soit motivé par l’amour et imprégné par la miséricorde, articulant conjointement une pastorale de la miséricorde et une pastorale du sens.

Distinguer : personne et actes

Comment réaliser cela ? On peut commencer en n’oubliant pas qu’il y a une distinction essentielle à faire entre la personne et ses actes: on apprend à ne pas juger la personne, mais on peut discuter des idées et des comportements, on apprend à respecter toute personne, quelle que soit sa conduite, mais on peut réfléchir sur les actes eux-mêmes dans leur objectivité. La dignité de la personne n’est pas fondée sur les comportements; elle est fondée sur le seul fait que celui qui est devant moi est un être humain, créé à l’image de Dieu, doté d’intelligence pour connaître la vérité et de volonté libre pour aimer, sujet de droits et de responsabilités.

Ainsi, quel que soit mon désaccord avec les pensées, les actions ou les agissements de quelqu’un, je suis appelé à toujours garder le respect de l’autre et de sa dignité, à conserver une attitude de politesse, à ne pas condamner la personne, à ne pas la mépriser, à ne pas me laisser entraîner dans les sarcasmes, les moqueries blessantes ou les jugements à l’emporte-pièce, même si je peux désapprouver les paroles et les actes.

À l’inverse, quel que soit mon désir de ne pas juger l’autre et de ne pas condamner la personne, je ne peux éviter de réfléchir sur les pratiques en question et les valeurs morales qui y sont présentes, et d’en discuter, même si cela veut dire arriver à exprimer un désaccord entier. On peut respecter l’autre, écouter son point de vue et chercher à comprendre, s’exprimer avec considération pour ce que l’on apprend de l’autre, arrive toujours le moment d’être spécifique et transparent, de dire, avec bienveillance et précision, les valeurs qui nous animent et les raisons de nos convictions.

On peut aimer quelqu’un et ne pas être d’accord avec lui, on peut respecter quelqu’un, l’écouter et, lorsque la situation le requiert, lui exprimer notre position, même si elle ne correspond pas à la sienne; comme l’autre d’ailleurs peut le faire aussi à notre égard.

Marcher à la suite de Jésus-Christ, c’est aussi marcher sur le chemin du dialogue, c’est tenir ensemble Amour et Vérité en faisant la distinction entre la personne dans sa dignité d’enfant de Dieu et ses paroles et ses actes, c’est témoigner de la Miséricorde de Dieu et du Salut.

                              Christian LÉPINE, prêtre-curé