| JÉSUS ET LE RESPECT DE LA
PERSONNE
Jamais homme n’a respecté les
autres comme cet homme. Pour lui, l’autre est toujours plus et mieux que ce à
quoi les idées reçues, même des sages et des docteurs de la Loi, tendent à le
réduire. Il voit toujours en celui ou celle qu’Il rencontre un lieu
d’espérance, une promesse vivante, un extraordinaire possible, un être appelé,
par-delà et malgré ses limites, ses péchés et parfois ses crimes, à un avenir
tout neuf. Il lui arrive même d’y discerner quelque merveille secrète dont la
contemplation le plonge dans l’action de grâce !
Il ne dit pas : Cette femme est
volage,... Il lui demande un verre d’eau et Il engage la conversation. Il
ne dit pas : voilà … une prostituée à tout jamais enlisée dans son vice.
Il dit : Elle a plus de chance pour le Royaume de Dieu que ceux qui
tiennent à leur richesse ou se drapent dans leur vertu et leur savoir. Il ne
dit pas Celle-ci n’est qu’une adultère. Il dit : Je ne te condamne pas. Va
et ne pèche plus. Il ne dit pas : Celle-là qui cherche à toucher mon manteau
n’est qu’une hystérique. Il l’écoute, lui parle et la guérît. Il ne dit pas
Cette vieille qui met son obole dans le tronc pour les œuvres du temple est une
superstitieuse. Il dit qu’elle est extraordinaire et qu’on ferait bien d’imiter
son désintéressement.
Il ne dit pas : Ces enfants ne sont que des gosses. Il dit
Laissez-les venir à moi et tâchez de leur ressembler. Il ne dit pas Cet
homme n’est qu’un fonctionnaire véreux qui s’enrichit en flattant le pouvoir et
en saignant les pauvres. Il s’invite à sa table et assure que sa maison a reçu
le salut. Il ne dit pas comme son entourage Cet aveugle paie sûrement ses
fautes ou celles de ses ancêtres. Il dit que l’on se trompe complètement à ce
sujet et Il stupéfie tout le monde, ses apôtres, les scribes et les pharisiens
en montrant avec éclat combien cet homme jouit de la faveur de Dieu. Il faut
que l’action de Dieu se manifeste en lui.
Il ne dit pas Ce centurion n’est qu’un occupant. Il dit : Je n’ai
jamais vu pareille foi en Israël.
Il ne dit pas Ce savant n’est qu’un intellectuel. Il lui ouvre la voie
vers une renaissance spirituelle. Il ne dit pas Cet individu n’est qu’un hors la loi. Il lui dit
Aujourd’hui tu seras avec moi dans le Paradis. Il ne dit pas Ce Judas ne sera
jamais qu’un traître. Il accepte son baiser et lui dit Mon ami. Il ne dit pas
Ce fanfaron n’est qu’un renégat. Il lui dit Pierre, m’aimes-tu ?
Il ne dit pas Ces grands prêtres ne sont que des juges iniques, ce roi
n’est qu’un pantin, ce procurateur romain n’est qu’un pleutre, cette foule qui
me conspue n’est qu’une plèbe, ces soldats qui me maltraitent ne sont que des
tortionnaires. Il dit Père, pardonne-leur, car ils ne savent pas ce qu’ils
font.
Jésus n’a jamais dit : Il
n’y a rien de bon dans celui-là, dans ce milieu-ci, dans ce milieu-là. De nos
jours, Il n’aurait jamais dit Ce n’est qu’un intégriste, qu’un moderniste,
qu’un gauchiste, qu’un fasciste, qu’un mécréant, qu’un bigot... Pour lui les
autres, quels qu’ils soient, quels que soient leurs actes, leur statut, leur
réputation, sont toujours des êtres aimés de Dieu. Jamais homme n’a respecté
les autres comme cet homme. Il est unique. Il est le Fils unique de celui qui
fait briller son soleil sur les bons et sur les méchants.
Seigneur Jésus-Christ, Fils de Dieu, aie pitié de nous, pécheurs !
Cardinal
Albert Decourtray (France, 1923-1994)
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