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Christian Lépine, prêtre-curé

Notre-Dame-des-Champs, le 9 mars 2008

Le jeûne et l’amour 2/2

Solidarité et partage

Jeûner, c'est aussi accomplir un acte de solidarité avec les personnes les plus démunies, des pays riches ou des pays pauvres. Jeûner c’est prendre le temps de se laisser toucher par les inégalités et les situations de misère, qui frappent des êtres humains en si grand nombre. Être tenaillé par la faim à l'occasion d'un jeûne ou éprouver la faiblesse, c'est éprouver pendant un moment ce que d'autres vivent chaque jour. Le jeûne nous amène à porter dans notre pensée, notre cœur et notre chair, les défavorisés de la terre, et suscite des élans de générosité, des attitudes et des gestes de partage : qu’il s’agisse de partager le montant économisé, de voir à la possibilité de donner davantage, ou même d’orienter sa vie vers une vocation de service de la justice et du développement intégral pour tous. Le jeûne, en exerçant la solidarité et en suscitant le partage, invite aussi à la sobriété dans notre style de vie, remettant en question le matérialisme de nos existences et la recherche du bonheur dans la consommation.

Renoncement et force de don de soi

Jeûner est aussi un entraînement au dépassement de soi. S’exercer à se priver de nourriture, alors que celle-ci est un bien qui nous touche si intimement dans notre corps, c'est développer une capacité de renoncer à nos désirs propres pour être plus disponible aux appels du Christ, c'est grandir notre capacité de nous donner par amour quelles que soient nos attaches. L’amour de Dieu et des autres ne peut s’épanouir sans surmonter l’égoïsme qui le retient, la peur de se perdre soi-même qui le paralyse. Vivre l’expérience de renoncer à soi-même dans le jeûne, afin d’affermir et d’accroître notre force de don de soi, c’est emprunter un chemin de discipline personnelle, d’ascèse, motivé non par un souci de performance ou d’image auprès des autres, mais par le désir de mieux répondre à la grâce de Jésus-Christ qui nous rend capable d’aimer toujours davantage.

Sens de l'amour

Dire que le jeûne a ces trois sens c'est dire que le jeûne a le sens de l'amour : amour de Dieu en premier, amour du prochain en deuxième, amour de soi en troisième. Le comment du jeûne devra donc tenir compte de ce sens.

Ainsi, les considérations de santé sont primordiales, et il faudrait consulter un médecin si celle-ci était un enjeu. C'est par l'expérience que je trouverai le degré de privation où tout en éprouvant la faiblesse je pourrai me donner à travers mes engagements, dans la vie familiale et au travail. On peut commencer à pratiquer une journée de jeûne par un repas sobre où l’on mange à sa faim (ex. : dîner), et deux collations (ex. : déjeuner et souper).

L’abstinence du vendredi (jour de la mort du Christ en croix), où l’on se prive d’un met spécifique tout en comblant sa faim, dans un repas habituellement sobre, a le même sens de l’amour que le jeûne. C'est l'abstinence de viande qui est généralement demandée, mais compte tenu des variétés dans les styles d'alimentation (ex. : végétarien …) et dans les circonstances (ex. : fête) il peut y avoir lieu de s'abstenir d'un autre met auquel on est habituellement attaché.

Le jeûne s'ajoute ainsi à la prière et à l’aumône, pour constituer parmi les éléments les plus fondamentaux à partir desquels peut s'élancer, prendre forme et se développer notre vie de disciple de Jésus-Christ qui est au centre de notre existence, et qui nous appelle à la solidarité et au don de soi, par sa grâce.

Christian LÉPINE, prêtre-curé