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Notre-Dame-des-Champs, le 9 mars 2008 Le jeûne et l’amour Solidarité et partage Jeûner, c'est aussi
accomplir un acte de solidarité avec les personnes les plus démunies, des pays
riches ou des pays pauvres. Jeûner c’est prendre le temps de se laisser toucher
par les inégalités et les situations de misère, qui frappent des êtres humains
en si grand nombre. Être tenaillé par la faim à l'occasion d'un jeûne ou
éprouver la faiblesse, c'est éprouver pendant un moment ce que d'autres vivent
chaque jour. Le jeûne nous amène à porter dans notre pensée, notre cœur et
notre chair, les défavorisés de la terre, et suscite des élans de générosité,
des attitudes et des gestes de partage : qu’il s’agisse de partager le
montant économisé, de voir à la possibilité de donner davantage, ou même
d’orienter sa vie vers une vocation de service de la justice et du
développement intégral pour tous. Le jeûne, en exerçant la solidarité et en
suscitant le partage, invite aussi à la sobriété dans notre style de vie,
remettant en question le matérialisme de nos existences et la recherche du
bonheur dans la consommation. Renoncement et force de don de soi Jeûner est aussi un
entraînement au dépassement de soi. S’exercer à se priver de nourriture, alors
que celle-ci est un bien qui nous touche si intimement dans notre corps, c'est
développer une capacité de renoncer à nos désirs propres pour être plus
disponible aux appels du Christ, c'est grandir notre capacité de nous donner
par amour quelles que soient nos attaches. L’amour de Dieu et des autres ne
peut s’épanouir sans surmonter l’égoïsme qui le retient, la peur de se perdre
soi-même qui le paralyse. Vivre l’expérience de renoncer à soi-même dans le
jeûne, afin d’affermir et d’accroître notre force de don de soi, c’est
emprunter un chemin de discipline personnelle, d’ascèse, motivé non par un
souci de performance ou d’image auprès des autres, mais par le désir de mieux
répondre à la grâce de Jésus-Christ qui nous rend capable d’aimer toujours
davantage. Sens de l'amour Dire que le jeûne a
ces trois sens c'est dire que le jeûne a le sens de l'amour : amour de
Dieu en premier, amour du prochain en deuxième, amour de soi en troisième. Le
comment du jeûne devra donc tenir compte de ce sens. Ainsi, les
considérations de santé sont primordiales, et il faudrait consulter un médecin
si celle-ci était un enjeu. C'est par l'expérience que je trouverai le degré de
privation où tout en éprouvant la faiblesse je pourrai me donner à travers mes
engagements, dans la vie familiale et au travail. On peut commencer à pratiquer
une journée de jeûne par un repas sobre où l’on mange à sa faim (ex. :
dîner), et deux collations (ex. : déjeuner et souper). L’abstinence du
vendredi (jour de la mort du Christ en croix), où l’on se prive d’un met
spécifique tout en comblant sa faim, dans un repas habituellement sobre, a le
même sens de l’amour que le jeûne. C'est l'abstinence de viande qui est
généralement demandée, mais compte tenu des variétés dans les styles
d'alimentation (ex. : végétarien …) et dans les circonstances (ex. :
fête) il peut y avoir lieu de s'abstenir d'un autre met auquel on est habituellement
attaché. Le jeûne s'ajoute
ainsi à la prière et à l’aumône, pour constituer parmi les éléments les plus
fondamentaux à partir desquels peut s'élancer, prendre forme et se développer
notre vie de disciple de Jésus-Christ qui est au centre de notre existence, et qui
nous appelle à la solidarité et au don de soi, par sa grâce. Christian LÉPINE, prêtre-curé |