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Notre-Dame-des-Champs, 28 janvier 2007 CROIRE QUE L'AMOUR EST POSSIBLE 1/3Se donnerLorsqu’une personne dit j'aime cette femme, j'aime cet homme, veut-elle dire la même chose que lorsqu'elle dit j'aime cet objet ? Quelle est mon aspiration profonde? Est-ce que je me complais dans la défiguration de l'amour qu'est la convoitise, la réduction de l'autre à un objet destiné à assurer ma satisfaction? Est-ce que je désire vivre l'amour véritable qui est don de soi et qui met en premier le bonheur de l'autre ? On consomme un objet, on ne consomme pas une personne. On donne sa vie à une personne, on ne donne pas sa vie à un objet. Est-ce que je réduis l'autre à un objet qui est là pour moi, pour mes besoins ? Même devant la peur d'être seul, il s'agit non pas de faire de l'autre un instrument pour combler ma solitude mais de vouloir combler l'autre. Même devant l'aspiration à l'amour, il s'agit non pas d'être en amour avec l'amour, mais d'aimer l'autre. Dans l'amour égocentrique on ne veut surtout pas de la part de l'autre un amour véritable, cela risquerait d'être trop engageant. On veut pouvoir rester libre, c'est-à-dire on veut pouvoir garder ouverte la possibilité de se lier avec un autre. En traitant l'autre comme une chose dont on dispose à sa guise on veut pouvoir quitter lorsqu'on aura épuisé la satisfaction qu'elle nous apporte, ou lorsqu'on aura rencontré une autre personne qui promet davantage de contentement. Dans une telle perspective le couple devient non pas le lieu où l'on se donne l'un à l'autre, mais celui où l'on se prend l'un l'autre, c'est-à-dire le lieu où l'on se consomme l'un l'autre. Dans un tel contexte, aimer c'est trouver la personne qui satisfait les besoins du moment. Quand ce moment, plus ou moins long, est passé, on négocie une séparation qu'on veut sans douleur. Puis chacun est supposé repartir à la recherche d'une autre personne qui pourra satisfaire les besoins d'une nouvelle étape dans la vie. Dans l'amour véritable la personne veut non pas manipuler mais servir, c'est pourquoi elle veut se donner. En voulant se donner elle veut tout donner, tout ce qu'elle a et tout ce qu'elle est, car dans son mouvement l'amour se veut toujours plus grand, se veut absolu, veut tout donner. Et puisque le temps est à notre disposition, se donner c'est aussi donner toute sa vie. La fidélité fait donc partie intrinsèque de tout amour véritable, au point que tout adolescent ou adolescente peut dire : "la fidélité à la personne que je vais épouser commence maintenant, avant même que je la connaisse". La virginité devient ainsi non pas ce que l'on demande à l'autre, mais ce que l'on veut donner à l'autre comme expression de la radicalité du don de soi. Christian LÉPINE, prêtre-curé
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